Crédits photos : Sara Létourneau, par Odessa Malchair.

L’artiste multidisciplinaire Sara Létourneau est en résidence virtuelle au Labo, il s’agit du résultat d’une collaboration avec le Centre Sagamie. C’est dans un esprit d’échange et de transmission que du 9 au 17 janvier, Sara Létourneau développera sa recherche et sa création autour de la thématique “La figure de la sorcière”.

Afin d’aller dans le sens de la collaboration et du partage d’expertise, Sara élargira sa réflexion au cours de deux micro-résidences, en binôme avec deux artistes membres du Labo : Maria Legault (artiste de la performance) et Geneviève Thauvette (photographe et artiste visuelle).

Pour découvrir les profils et les bios des membres du Labo, veuillez retrouver leurs profils professionnels en cliquant sur leur nom : Maria legault, Geneviève Thauvette.


QUI EST SARA LÉTOURNEAU ?

Artiste multidisciplinaire, elle réside à Saguenay au Québec. Elle a fait ses études en arts visuels et s’épanouit dans plusieurs domaines tels que : la musique, la vidéo, l’art performance et le théâtre. Sara nous confie : “Je fais aussi de la musique, avec mon groupe de musique électro folk Stellaire, ou en collaboration avec des artistes et compositeurs en tant que musicienne, performeuse ou chanteuse. » Un autre domaine de prédilection pour elle est la vidéo, un vecteur qu’elle approche comme une extension logique de son travail. Où elle peut travailler le son, le rythme, l’image, le mouvement et le corps. Et pour finir, elle est également active dans l’art performance et le théâtre. Sara est comédienne et a joué dans plusieurs productions professionnelles, du théâtre plus traditionnel au plus expérimental. Et cela ne s’arrête pas là, puisqu’elle nous explique aimer multiplier les collaborations. En effet, elle a fait  : “une production plastique solo, mais j’ai aussi beaucoup travaillé en duo avec Magali B-Marchand des œuvres installatives évolutives sur les cycles de la vie et la mort, notamment à partir de fleurs artificielles récoltées aux abords des cimetières.”

Elle poursuit, sur ses expériences artistiques récentes : “j’ai beaucoup travaillé des projets performatifs installatifs en collectifs d’envergure (Collision, Le poids du souffle, Exuvie), qui me permettent de pousser la performance et la relation entre la matière, le son et le corps plus loin. Ma pratique est aussi caractérisée par mes collaborations fréquentes avec d’autres artistes. J’adore travailler en équipe et me nourrir du travail et de la vision d’autres créateurs, de disciplines et parcours variés. Et depuis l’automne, après 11 ans de succession de projets artistiques à temps plein, je suis maintenant enseignante en arts visuels au cégep à temps partiel.”

Sara est donc une artiste accomplie et polyvalente, qui tente de créer de nouveaux imaginaires et de nouveaux récits qui mettent le sensible, le corps, l’écologie et le care au premier plan. Depuis 2006, elle a réalisé plus d’une quarantaine de performances. Son travail a d’ailleurs été présenté dans plusieurs festivals d’envergure, centres d’artistes, galeries, salles de spectacles et théâtres au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Quels objectifs s’est-elle fixées pour cette résidence artistique au format atypique ? Comment va-t-elle surmonter les obstacles qu’impose une pandémie ? Doit-on y voir une opportunité de se renouveler ? Sara s’exprime à cœur ouvert sur ces interrogations dans notre entrevue.

Cynthia-laure Etom : Bienvenue Sara ! Et merci de vous prêter au jeu des questions. Alors la question qui brûle toutes les lèvres : à quoi doit-on s’attendre de votre résidence virtuelle sur “La figure de la sorcière” ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?


Sara Létourneau : Depuis les trois dernières années, je m’intéresse beaucoup à la figure de la sorcière, autant personnellement que dans mon travail artistique. Pour moi, la sorcière est un peu l’icône parfaite des mouvements écoféministes et elle rejoint une bonne partie de mes intérêts et aspirations. Je peux l’aborder de multiples façons, autant historique, que politique et artistique, comme l’impact de la chasse aux sorcières sur la société, l’idée de revoir notre rapport au monde et de se reconnecter avec la nature, le care, la différence, la puissance qu’elle confère, tout en ne niant pas le trauma, la reconnexion à soi-même et aux autres, le corps… Elle apporte aussi une vision non binaire du monde. Elle porte des valeurs dont on a bien besoin aujourd’hui et pousse à l’action et à la collaboration. Elle est extrêmement riche et m’inspire beaucoup.

Je vois aussi l’art comme une sorte de magie. En tant qu’artiste, on s’informe, on réfléchit, on joue avec des matières et des symboles, on travaille longtemps et on met toute notre énergie pour créer de nouvelles choses qui, on l’espère, toucheront d’autres personnes et auront un impact sur le monde en inspirant, en faisant du bien ou en troublant, en mettant en lumière l’invisible, en modifiant les visions et les comportements… Pour moi, c’est un peu ça la magie.

Dans les dernières années, j’ai travaillé plusieurs œuvres sur cette thématique, que je décline de manière très large. Par exemple, j’ai réalisé une vidéo performative dans laquelle on voit mon corps entrer en relation avec l’environnement de grandes rivières, où la sorcière fait le lien entre mon corps et la force indomptée des cours d’eau. J’ai également écrit un texte sur la sorcière que j’ai décliné en installation sonore et que j’ai tracé sur quatre grandes courtepointes noires et j’ai façonné des pièces en céramique : 28 coupes et une série de feuilles mortes.


Dans la résidence au Labo, je vais continuer cette recherche, en centrant le travail sur le corps, dans des improvisations performatives captées en vidéos et deux collaborations avec des artistes de Toronto : Maria Legault et Geneviève Thauvette.


POUR ALLER PLUS LOIN :

– Une capsule vidéo sur son travail récent :

– Des images de son exposition :

Cliquez ci-dessous pour l’exposition dans son intégralité :
https://www.saraletourneau.ca/index.php/14-arts-visuels/68-tenter-de-rever-l-obscur

CLE : Comment allez-vous procéder et en quoi la pandémie a-t-elle changé la donne vis à vis de cette résidence ?

SL : D’abord, la pandémie a effectivement énormément changé la donne vis à vis de cette résidence ! Elle devait normalement avoir lieu du 16 au 31 mars 2020, pile au moment où le choc de la pandémie est officiellement arrivé au Canada et où tout s’est arrêté.  Il devenait impensable, et même presque impossible, de prendre l’avion et de traverser trois aéroports pour faire la résidence. On a donc pris la décision de reporter à une date ultérieure. 

Depuis ce temps, nous gardons contact avec l’équipe du Labo en espérant toujours pouvoir reporter la résidence. En novembre, en réalisant qu’on ne sortirait pas de cette incertitude de sitôt, j’ai proposé à l’équipe de faire la résidence à distance, de mon nouvel espace d’atelier, qui est bien adapté à la captation vidéo. Cette situation n’est pas idéale, j’aurais vraiment préféré me déplacer en personne au Labo, entrer en contact avec la communauté et le territoire, mais en situation de pandémie, ce compromis s’avère la meilleure option.

Dans ce contexte, les deux micro-résidences de deux jours chacune avec Maria Legault et Geneviève Thauvette me paraissent encore plus pertinentes et me permettent de créer le lien avec la communauté du Labo. Je ne serai pas sur place, mais je partagerai la création avec deux artistes de Toronto et ces collaborations donneront tout son sens à la résidence.

Durant cette période tumultueuse, incertaine et anxiogène, il était important pour moi que nos collaborations se déroulent dans un climat de bienveillance et d’entamer le travail en totale ouverture avec les artistes. Je n’avais donc pas de projet précis à leur proposer. Il était important qu’on décide de l’orientation ensemble dès le début.
La sorcière était un point de départ, mais déjà pour moi, deux femmes artistes qui travaillent ensemble sur un projet performatif à distance était déjà dans la thématique. J’ai discuté avec Maria et Geneviève individuellement en décembre et nous avons échangé sur notre vision des micro-résidences et des sorcières et nous avons déjà de belles pistes de travail.

Avec Maria nous avons parlé de yoga, de gestes, de vidéo, des quatre éléments et nous avons sorti une liste d’éléments et d’objets avec lesquels on expérimentera.

Avec Geneviève, dès notre premier échange courriel, elle m’a partagée une idée qui m’a tout de suite plu, une vidéo performative de deux femmes qui ricanent pendant 66 minutes et 6 secondes. Nous plongerons donc dans la réalisation de cette vidéo. 

De mon côté, je compte profiter des jours où je ne collaborerai pas avec Maria et Geneviève pour me recentrer sur mon corps et travailler une série de performances intimes devant la caméra afin de développer une banque de gestes, postures et actions que je travaillerai ensuite en montage vidéo. 

Comme c’est une résidence, tout peut changer et évoluer et je reste toujours ouverte aux pistes qui s’ouvrent en cours de travail.

Sara Létourneau – En performance.

CLE : On parle de résilience et d’opportunités de se renouveler face à cette crise sanitaire. Quel est votre ressenti ?

SL : Je ne vois pas beaucoup de positif dans cette situation de pandémie. Personnellement, les premiers mois ont été extrêmement difficiles. J’étais comme sous le choc des annulations et des nouvelles de morts et de courbes de transmissions. Coupée du monde, enfermée chez-moi et ensevelie dans les mauvaises nouvelles, j’étais figée, incapable de créer pendant plusieurs semaines. J’étais aussi sidérée devant la circulation des “fausses nouvelles” et de la montée des pensées libertariennes.

J’ai le mauvais pressentiment que ce n’est que la première grosse catastrophe planétaire et que ce qui nous attend avec les changements climatiques sera bien pire. Et j’espère vraiment que le tissu social et la collaboration survivra à cette épreuve.
J’ai aussi très peur que le milieu culturel, surtout les arts de la scène qui me nourrissent tellement, ne s’en remettent jamais complètement.

J’imagine qu’on s’en sortira, mais dans quel état, je ne sais pas.

Au quotidien, par contre, je garde le moral et je suis toujours un peu trop contente quand je croise quelqu’un que je connais à l’épicerie ou en prenant une marche. Et mon nouveau rôle d’enseignante au cégep me nourrit vraiment beaucoup.  Et on s’adapte. Les projets reprennent malgré l’incertitude et les défis de la distanciation. On s’y fait et on trouve des solutions.

Le poids du souffle – Spectacle performatif (2019)

CLE : Merci beaucoup pour ce riche échange ! Pour découvrir l’univers de Sara Létourneau, nous vous donnons rendez-vous sur son site internet : https://www.saraletourneau.ca/


Restez à l’affût de nos réseaux sociaux pour voir l’évolution de la résidence ! Pour s’adapter à ce temps de pandémie à défaut de confier aux artistes les clefs du Labo, nous leurs avons confié nos réseaux sociaux. Retrouvez donc les voix de Sara, Maria et Geneviève en direct sur nos comptes facebook, instagram et Twitter !

Pour toute question aux artistes ou à l’équipe du Labo, veuillez nous contacter par courriel à
com@lelabo.ca

QUELQUES MOTS SUR LE PROJET C.R.É.E.R

Cet événement entre dans le cadre du projet C.R.É.E.R (Circulation • Réseau • Échanges • Expertises • Rayonnement).

C.R.É.E.R est un programme de résidences croisées lancé conjointement entre cinq centres partenaires se traduit par une période de travail en résidence de recherche/création dans chacun des centres ainsi qu’une publication présentant les centres et le travail des artistes.


REMERCIEMENTS À NOS PARTENAIRES
Un grand merci au Conseil des Arts du Canada et au Centre Sagamie de nous accompagner dans cette aventure !


Les propos de l’entrevue ont été recueillis par Cynthia-Laure Etom (Responsable programmation et des communications du Labo).