Micro Macro
Le trio Padejo présente « Micro Macro », sous le commissariat de Marie-Jeanne Musiol. Le collectif renonce à la signature individuelle au profit d’une exploration commune. À partir d’excursions de prélèvement dans The Distillery, les artistes consignent sur support mou les détails de pierres, de poutres et d’objets marqués par l’usage et le temps. Les grands papiers frottés dialoguent avec la vidéo et rappellent des cartes topographiques ou des vues aériennes. L’installation propose une lecture sensible de la mémoire des lieux, à travers l’usure, la texture et l’attention portée aux fragments du quotidien.
Vidéo : Alex Loukos
Environnement sonore : Alan Vloor
Texte : Marc Lemyre
Commissaire-conseil : Marie-Jeanne Musiol
Le collectif Padejo renonce à la signature individuelle de l’œuvre au profit d’une exploration commune. Plusieurs actions convergent dans le concept de Padejo pour aboutir à une installation qui confronte la technique traditionnelle du frottis à sa réinterprétation par le prisme de la vidéo.
Lors d’excursions de prélèvements dans The Distillery à Toronto, les trois artistes ont consigné sur support mou les détails de pierres, de pierres, de poutres, d’objets divers abîmés par l’usage et le temps. Leur geste de frottage, qui s’apparente à une transcription littérale et à un enregistrement visuel, trace toutefois un parcours dominé par l’accident. Les grands papiers « frottés », témoins de sorties exploratoires, rappellent les cartes typographiques ou les clichés aériens d’une terre vue d’en haut. Lorsqu’ils sont apposés aux faces externes de la structure cubique qui définit l’installation, ces marquages monochromes invitent à faire une première lecture lié au survol, et au balayage de surface. La mémoire des lieux visités s’exprime à travers l’usure, le poli, la texture qui marquent le papier et lui donnent le relief d’une plaque impressionnée. Le processus exploité par les artistes et bien connu des amateurs de rubbings se précise par une vidéo projetée au fond de la structure de l’installation. Le visiteur en dirigeant son regard vers l’écran placé en contrebas emprunte alors la perspective de celui qui survole le territoire. La vision frontale des grands dessins suspendus à l’extérieur du bloc cède à cet autre rapport d’observation en plongée, où l’échelle monumentale se renverse pour devenir le constat intimiste d’une incursion dans le monde des choses. Si les sondes spatiales renvoient des milliers d’images aux configurations étranges vers les récepteurs d’ondes terrestres, l’exploration par le collectif Padejo d’un quartier de la ville peut aussi livrer des observations transmises par les moyens plus locaux du dessin et de la vidéo. Il suffit de positionner le regard et de régler son angle de vision pour capter un fragment d’univers à l’échelle réduite. — Marie-Jeanne Musiol